4 Fragments sur les Fragments d’un discours amoureux

Posted: March 23, 2012 in Conceptualizing the Ordinary, Reading, Theorizing, Writing
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Exploding roses by Benjamin Hugard

(c) Benjamin Hugard

Je cherchais un autre texte de Barthes sur mon ordinateur, et je suis tombé sur des bribes que j’ai écrites il y plusieurs années sans penser à les publier un jour. But it struck me as being dirty theory, exactly  as I have defined it here: theory mixed up with accounts of experience. So here it goes…

Barthes : Fragments d’un discours amoureux, Éditions du Seuil, Collection Tel Quel, 1977

Observation magnifiquement juste : le discours amoureux est fragmenté, manque de rationalité.
Mes sensations (présentes) :
J’ai besoin de dire d’abord mes sentiments et sensations, même si elles n’ont rien à voir avec le livre de Barthes. Me dégager de ce reflux dans mon cœur. Je prends plaisir à écrire sur un livre intelligent, même adorable, profondément sincère, semble-t-il, et qui pourtant tombe dans la facilité. Il en est de ce livre comme des Lettres à un Jeune Poète de Rilke. Lu à 15 ans, ce livre a eu une influence plus profonde sur moi que je ne le souhaiterais. Il fonctionne de la même façon: on y sent la sincérité, on y trouve sa vérité (l’auteur dit clairement des choses que nous avons pu sentir obscurément) et on est séduit. On veut croire ce qu’il dit, parce qu’on l’a déjà ressenti et on ne l’a pourtant jamais nommé aussi clairement. Mais il on court le danger d’y croire d’autant plus qu’on ne l’a jamais ressenti que de manière obscure, comme quelque chose d’enfoui en nous. Alors c’est comme si, finalement, quelqu’un mettait à jour (ce qui est vrai). Mais cela ne veut pas dire que ce qu’il met à jour est lui-même vrai. Je prends un plaisir immense d’écrire ainsi, sans objectif précis (je n’écris pas pour une publication ou évaluation future). Je pense à ce que Wittgenstein dit à propos de Freud: on le croit parce qu’on aime les choses enfouies.

Parfois, Barthes (comme Rilke) tombe dans une opposition facile, comme celle entre « complaisance mondaine », « hystérie de séduction » vs. « intimité sacrée », « vérité » (Fragments, p. 23). C’est, bien sûr, impossible. Certes, la complaisance mondaine existe, comme aussi l’intimité sacrée. Mais être dehors, dans un café n’implique pas être dans la complaisance. Il y a des rencontres fortes et importantes au dehors, des vernissages qui finissent avec une vraie rencontre, un vrai dialogue. Tout n’est pas noir et blanc, comme les sages tendent trop facilement à le peindre. Et la force de l’expression bien trouvée, comme « complaisance mondaine », risque alors de faire oublier la complexité, risque de faire oublier que d’autres cas de figure existent et que, par exemple, le mondain n’est pas toujours complaisant. Il y a toujours beaucoup de vanité dans la reconnaissance de sa propre faiblesse et vanité parce qu’on sait que beaucoup de gens se sont rarement demandés s’ils étaient complaisants dans telle ou telle situation, s’ils se laissaient trop facilement flatter, etc.
Je pense qu’il faut donc lire ces livres (Barthes, Rilke) avec l’admiration qui leur est due, mais ne pas en faire des sortes de révélations. Il faut y voir la part d’écriture et la part d’exagération (ce qui est souvent la même chose).

Belle observation : le discours amoureux brisé par une remarque commune, banale, de l’être aimé, notamment dans un environnement social, avec d’autres où il se fond parfaitement. Une facette qui apparaît qu’on n’aurait pas voulu connaître (l’exagération de la bien-aimée lorsqu’elle est avec sa meilleure amie, sa manière de parler…). Et effectivement, l’importance du registre du langage est énorme. (p.36)

« C’est l’originalité de la relation qu’il faut conquérir » (p. 44)
Belle idée encore : l’originalité de la relation mettrait à l’abri de la jalousie, parce que les autres ne seront jamais comme nous. Si j’arrive à ne plus vivre le stéréotype, je ne suis plus obligé de réagir selon les stéréotypes, être jaloux, blessé etc. comme les autres.
C’est ce qu’on aurait voulu : cette conquête. On n’a pas su s’échapper.

Le rapport assumé entre être aimé et mère. Le rapport à l’être aimé serait comme l’a été le rapport à la mère. Au lieu d’essayer de se révolter, Barthes le prend pour acquis. C’est comme ça. Comme Jocaste qui dit à Œdipe : « Qui n’a pas encore rêvé de faire l’amour avec sa mère. Qui prend pour chimères telles, etc. vit mieux la vie. » Mais, bien sûr, elle finit par se suicider quand elle découvre que ce n’est pas seulement un rêve, un présage doublement mauvais (en teneur et aussi en degré de vérité).
Observation : lorsque l’amour a cessé on attend encore l’autre, comme une douleur dans une jambe amputée, l’attente. C’est comme avec les êtres chers qui sont morts ou avec les vêtements qu’on a perdus ou qu’on nous a volés. Et la douleur pique à chaque fois que l’on se rend compte que pourtant on ne l’a plus…. (p. 49)

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Comments
  1. Babywhale says:

    Tombée sur ce “texte” par hasard et déprimée par les bêtises que je viens d’y lire… Laissez donc Rilke en paix, il n’a pas mérité d’aussi stupides observations.
    La “complaisance mondaine” qu’il déplore n’a rien à voir avec celle, superficielle, dont vous parlez. Il s’agit d’une révolution profonde du Voir que Rilke veut mettre en place et qui n’est pas possible pris dans la quotidienneté de la vie moderne, qui nous pousse à agir plutôt qu’à contempler. Cela n’a rien à voir avec vos conversations post-vernissage! (qui doivent sonner bien creux à mon avis)

    • Cher Babywhale,
      Le texte que vous commentez est assez ancien, écrit il y a cinq ou six ans et je l’écrirai sans doute autrement aujourd’hui. Mais vos remarques peu nuancées, qui cherchent l’insulte avant de chercher la compréhension, appellent tout de même une réponse.
      Contrastées et violentes elles montrent – hormis l’admiration que vous portez à Rilke – que vous avez vous même tendance à oublier la précision et à tomber dans les oppositions rapides et imprécises. Pour qualifier un texte de “”texte”” “stupide” il faudrait au moins en avoir fait – au moins selon mon éthique – une lecture précise. Ce n’est pas votre cas. Autrement vous auriez compris que c’est Barthes qui parle de le “complaisance mondaine”, auteur que je compare à Rilke, dont il me semble effectivement juste de dire qu’il manque dans “Lettres à un jeune poète” de subtilité et fait des recommandations qui risquent de nuire les “jeunes poètes” qui cherchent conseil chez lui. La révolution profonde du Voir que vous évoquez, j’en trouve l’idée poétique, mais elle n’est pas le sujet de mon texte et pour en parler il faudrait avoir un autre dialogue, indépendant sans doute de Barthes et de ses réflexions sur l’amour. Mais si mes souvenirs sont bons, c’est bien plus dans un texte de fiction, le Malte Laurdis Brigge, que Rilke la met en avant. C’est un texte que je trouve beaucoup moins prétentieux que les Lettres, dont je doute, vu vos remarques, que vous ayez gardé un souvenir bien précis et dont le type de discours que vous tenez me fait encore plus douter de l’efficacité pour l’éducation de ses lecteurs.

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